Chère lectrice, cher lecteur,

Je ne suis pas « Madame Soleil », mais je ne prends pas beaucoup de risque en vous disant que d’ici 10 ans, et peut-être même avant, la thérapie par le microbiote sera le traitement standard pour une immense majorité de maladies.

En réalité, de nombreux thérapeutes en sont déjà convaincus.

Pour le gastro-entérologue Bruno Donatini, par exemple, si vous souffrez de douleurs articulaires, si vous êtes sujet à des infections à répétition ou à une fatigue qui perdure, avec des ballonnements ou du surpoids, « c’est peut être d’abord un problème digestif qu’il convient de régler ».

Et quoi que vous fassiez, ostéopathie, nutrithérapie, prise de compléments alimentaires, etc. les améliorations ne seront pas durables tant que votre flore ne sera pas assainie.

C’est donc par la flore que TOUT (ou presque) va bientôt se soigner.

Y compris les maladies les plus graves :

Des études présentées en 2018 à la conférence de l’Association Internationale sur Alzheimer, ont montré que certaines bactéries intestinales pourraient « promouvoir la formation de plaques de protéines dans le cerveau », ce qui est fondamental car la maladie d’Alzheimer se caractérise par l’accumulation de protéines amyloïdes et tau dans le cerveau1.
D’autres chercheurs ont montré qu’un changement alimentaire entraînant une flore bactérienne nouvelle pouvait réduire les plaques amyloïdes, diminuer l’inflammation et améliorer la mémoire !!!

C’est la même chose avec le cancer, pour lequel des recherches ont établi que certaines espèces bactériennes étaient en cause. C’est le cas notamment dans le cancer du côlon, associé aux bactéries Fusobacterium.

On sait aussi que la maladie de Parkinson est très probablement liée au S.I.B.O (pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth), cette prolifération bactérienne excessive à l’intérieur de l’intestin.

Et si les scientifiques recherchent encore les bactéries incriminées, ils savent que leur identification sera LA prochaine avancée scientifique majeure qui permettrait de détecter Parkinson plus tôt, avant la destruction du locus niger (substance noire) dans le cerveau.

Vous voyez à quel point un microbiote équilibré est un « actif stratégique ».

Le « joyau vivant » de notre santé.

Super-microbiote : zéro maladie !!! Circulez, TOUT va bien !!!

Le cas de l’ethnie des Yanomamis, qui vivent dans la jungle entre le Brésil et le Vénézuela, est l’une des illustrations les plus sensationnelles du pouvoir du microbiote.

Ce peuple fascine les chercheurs, car ils n’ont aucun lien avec notre civilisation « anti-microbes ».

Ils se nourrissent de poissons, d’un peu de gibier, de grenouilles, d’insectes, de bananes et d’une boisson au melon fermenté.

Aucune nourriture industrielle, pas de médicaments, pas d’antibiotiques, pas de pesticides, rien…

Et le résultat se lit dans leur ventre :

    • Ils ont une flore intestinale beaucoup plus riche en espèces bactériennes que la nôtre.
    • En fait, ils ont la biodiversité la plus RICHE jamais observée : elle est 40% supérieure à celle d’un américain ordinaire !

Les Yanomamis ont un « super-microbiote ».

Le résultat : pas d’Alzheimer, pas de cancer, pas d’obésité, pas d’hypertension, pas de maladies auto-immunes…

Ils sont aussi épargnés par d’autres maladies, comme l’arthrose…

Choisissez les bons locataires

Quand votre flore intestinale se déséquilibre, elle se modifie en effet au profit de micro-organismes pro-inflammatoires : les adipokines pro-inflammatoires.

Ils provoquent un dysfonctionnement de la barrière intestinale : des fragments alimentaires et de bactéries vont se retrouver dans votre sang.

C’est ce qu’on appelle la « translocation bactérienne » :

La fuite de ces particules déclenche une inflammation au niveau articulaire.

Progressivement, la douleur se généralise et l’inflammation commence à détruire les cartilages.

Et voilà comment la nature de la population que nous hébergeons dans notre intestin influence (en bien ou en mal) les douleurs articulaires.

D’où l’importance essentielle de choisir…les bons locataires !

Et dans le cas de la polyarthrite rhumatoïde, la recherche actuelle a montré que cette maladie auto-immune était liée (elle aussi) à la réduction de bactéries amies connues pour leurs propriétés immuno-régulatrices.

Et le plus incroyable, c’est que le cerveau aussi peut être victime d’un microbiote déséquilibré.

Les mauvais locataires pourrissent l’immeuble à tous les étages…

Des vies bouleversées (en bien !)

Pourquoi ? Parce que votre microbiote produit du tryptophane, essentiel dans la production de la sérotonine (l’hormone du bonheur), et la tyrosine, deux des principaux neurotransmetteurs.

Si votre microbiote est déséquilibré, vos niveaux de tryptophane, de sérotonine, de tyrosine sont affectés.

Conséquence : des sautes d’humeur, des moments de découragement, voire pire : une vraie dépression.

Une flore déséquilibrée peut également affecter la barrière hémato-céphalique qui protège le cerveau.

Si cette barrière est abîmée, cela augmente considérablement le risque de développer une démence, la maladie d’Alzheimer mais aussi d’autres pathologies neurologiques comme la sclérose en plaques.

Heureusement, cela n’est pas une FATALITE.

Et encore une fois, c’est la raison pour laquelle la thérapie par le microbiote est si prometteuse : elle permet de rétablir le déséquilibre…mais aussi d’en finir avec ses conséquences.

Militant de l’écologie interne

Dans les années 2000, des chercheurs avaient ainsi observé que des souris obèses avaient un microbiote différent de celles qui étaient « normales ».

Et lorsqu’ils ont transplanté la flore de souris minces à ces souris obèses, ces dernières ont réduit leur surpoids !

Ce lien entre flore intestinale et surpoids a depuis été également établi chez l’homme, puisqu’on retrouve une flore appauvrie chez 30% des personnes en surpoids et 75 % des personnes obèses.

En particulier, le microbiote des personnes en surpoids est appauvri dans sa diversité au profit de la famille Bactéroïdes, et au détriment des familles Prevotella et Ruminococcus.

Récemment, des expériences menées sur des animaux ont prouvé que l’on pouvait restaurer l’intégralité de la barrière hémato-céphalique en agissant sur le microbiote !

En leur donnant la bonne alimentation (riche en acides gras et en acide butyrique), les chercheurs ont réussi à inverser ce phénomène.

Bien sûr, cela prend du temps, cela mérite de s’impliquer, mais vous retrouverez votre bonne humeur et votre joie de vivre en quelques mois !

En réalité, c’est quasiment la vie entière qui peut être BOULEVERSÉE en bien lorsqu’on retrouve l’équilibre de sa flore.

Lorsque notre jardin intérieur retrouve sa tranquillité.

C’est ce que certains appellent l’écologie « interne », et je trouve que c’est une notion intéressante à ne surtout pas négliger alors qu’on parle aussi beaucoup – et à juste titre – d’écologie extérieure.

Notre mode de vie nous pollue à l’intérieur au même titre qu’il pollue la planète.

En résumé : si je ne traite pas bien ma nature interne, je me pollue.

En cette période de « bonnes résolutions », c’est une idée à avoir bien en tête, il me semble.

Tous mes vœux pour cette nouvelle année, et…

Santé !

Gabriel Combris

PS. Je vous ai parlé de « bonnes résolutions » au pluriel. En réalité, une seule suffit. C’est la mère de toutes les autres, comme vous pouvez le découvrir ici.

 

Sources :

[1] http://alz.org/aaic/releases_2018/AAIC18-Tues-gut-liver-brain-axis.asp