Chère lectrice, cher lecteur

La neuroscientifique  Li-Huei Tsai, directrice au département du cerveau du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) sera-t-elle couronnée d’un prochain prix Nobel de médecine ?

En tout cas les avancées majeures qu’elle a réalisées dans le traitement de la maladie d’Alzheimer lui ouvrent cette voie royale…

En 2019, cette chercheuse a proposé  un traitement contre la maladie d’Alzheimer :

  • Sans médicament,
  • Sans opération,
  • Sans douleur,
  • Sans actes médicaux invasifs.

Son « outil » de travail ?

Les ondes électriques du cerveau.

Pour comprendre cette piste fascinante, il faut faire un détour dans l’Allemagne de 1929.

Quand un neurologue allemand, Hans Berger, découvre, amplifie et étudie les signaux électriques de nos neurones.

Vous connaissez peut-être ces tracés un peu « bizarres », qu’on utilise pour analyser l’activité cérébrale et pour diagnostiquer des pathologies telles que l’épilepsie :

Il s’agit en réalité d’une « traduction » des ondes cérébrales sur du papier. Ces ondes sont le reflet des microcourants qui circulent entre les neurones lorsqu’ils se transmettent des messages.

Berger est le premier à décrire les ondes de notre cerveau de cette manière, c’est pourquoi on lui attribue l’invention de l’électroencéphalographe (EEG) tel qu’on le connait aujourd’hui.

Il est également le premier à avoir découvert et décrit les formes des ondes α et β du cerveau [1] (alpha, prédominantes en cas d’éveil simultané à un état de détente, et béta pour un état d’éveil normal)

A la suite de ses travaux, d’autres ondes ont été identifiées, et notamment les ondes delta (état de sommeil profond), ondes théta (état de somnolence méditative) et ondes gamma (état de concentration ou activité intellectuelle intense).

Et comme Berger avait identifié certaines anomalies des ondes cérébrales en cas d’épilepsie,  les chercheurs ont mis à jour certaines irrégularités liées à des maladies neurodégénératives :

  • Chez les patients atteints de maladie de parkinson, on observe des anomalies au niveau des ondes beta [2] ;
  • Chez les patients atteints de maladie d’Alzheimer, les ondes gamma (fréquence de 40 Hz) sont affaiblies [3] ;

Une fréquence qui « nettoie » le cerveau

Or, comme le démontrent Li-Huei Tsai et son équipe du MIT, les ondes gamma peuvent être modulées sans aucun intervention invasive ni traitement lourd.

Il suffit de s’immerger dans un « bain » d’ondes sonores et visuelles.

C’est un peu comme si on se retrouvait en discothèque avec une lumière qui clignote rapidement sur fond sonore, le tout à une fréquence bien précise.

Sur des souris, les chercheurs ont observé des résultats positifs après une heure d’immersion sonore et visuelle à 40 Hz pendant 7 jours :

Les souris de l’étude étaient beaucoup plus performantes lorsqu’elles naviguaient dans un labyrinthe où elles devaient se souvenir de points de repère clés et elles étaient également plus aptes à reconnaître les objets qu’elles avaient déjà rencontrés après la semaine de traitement.

Les effets physiologiques sont également impressionnants, avec  d’abord l’élimination de plaques amyloïdes toxiques dans plusieurs zones du cerveau :

  • la zone visuelle et la zone auditive,
  • l’hippocampe ; zone essentielle pour la mémoire où prend racine la maladie d’Alzheimer ;
  • dans le cortex préfrontal, siège du langage, du raisonnement, de la mémoire de travail, etc.

Et puis l’augmentation de l’activité des microglies, ces cellules chargées de nettoyer les déchets, les agents pathogènes et les substances étrangères du cerveau et qui font parfois défaut chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer [4].

Ainsi ce « bain » d’ondes gamma pourrait véritablement nettoyer les cerveaux encrassés !

Ces tests, bien sûr, méritent d’être confirmés, mais sachez déjà que des essais à petite échelle ont été réalisés au Canada sur 18 patients atteints de la maladie d’Alzheimer à différents stades, et montrent des résultats plus qu’encourageants notamment sur la mémoire à court terme après 13 sessions de stimulation sonore et visuelle !

C’est un pas très important pour les malades, car c’est la première fois que l’on peut espérer améliorer la qualité de vie des personnes une fois qu’elles sont atteintes de la maladie.

Santé !

Gabriel Combris

 

Sources

[1] https://www.nature.com/articles/nature20587
[2] Ryohei Fukuma, Takufumi Yanagisawa, Masataka Tanaka, Fumiaki Yoshida, Koichi Hosomi, Satoru Oshino, Naoki Tani and Haruhiko Kishima, eNeuro 17 December 2018, 5 (6) ENEURO.0246-18.2018; DOI: https://doi.org/10.1523/ENEURO.0246-18.2018
[3] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12488788/
[4] Li-Huei Tsai et al., “Multi-sensory Gamma Stimulation Ameliorates Alzheimer’s-Associated Pathology and Improves Cognition”, Cell, mars 2019, https://doi.org/10.1016/j.cell.2019.02.014