Chère lectrice, cher lecteur,

Avec le développement de la civilisation, nous avons progressivement perdu la capacité de « lire la nature » comme s’il s’agissait d’un grand récit ouvert.

Pourtant il n’y a pas si longtemps, nos ancêtres identifiaient des ressemblances et des contrastes entre les êtres vivants, et pouvaient les associer à d’autres manifestations naturelles pour en tirer un sens.

La médecine traditionnelle grecque nourrissait cette relation « analogique » à la nature :

En observant les caractéristiques d’une plante, on pouvait en déduire ses bienfaits.

Telle plante ressemble à telle partie du corps…eh bien, c’est qu’elle pourrait peut-être la soigner ! Comme si la nature nous donnait une clé de lecture…

L’exemple le plus connu est celui des cerneaux de noix qui évoquent le cerveau humain. Or il se trouve que des études ont effectivement validé le rôle protecteur des fruits à coque sur les fonctions cognitives.

Noix

Les anciens n’avaient pas nos études scientifiques.

Mais ils guettaient les signes.

La pulmonaire (Pulmonaria officinalis), avec sa feuille velue parsemée de taches blanches, leur évoquait de son côté les alvéoles des poumons humains, et là encore elle a été utilisée en cas de toux, bronchite et même de tuberculose.

Pulmonaria officinalis

Mais cette pensée analogique dépasse la simple ressemblance physique, elle prend aussi en considération l’habitat, l’environnement, le climat dans lesquels vit la plante.

Ainsi, le saule (Salix alba), pousse près des rivières ou dans les zones marécageuses, dans les régions humides où les maladies articulaires et rhumatismales sont plus répandues.

Hasard ? Les vertus antalgiques, anti-inflammatoires et fébrifuges du saule répondent aux problématiques de santé typiques de ce milieu.

A cela s’ajoute une autre influence non moins notable, celle des planètes.

Parce que dans cette conception du monde tout est lié, tout se tient dans une longue chaîne de ressemblances et de différences, allant du plus infime au plus grand, des plantes jusqu’aux planètes…

C’est ainsi qu’est née « l’astroherboristerie ».

Il y a une petite partie de l’univers en chacun de nous

Il n’y a pas si longtemps encore, la médecine et l’astrologie vivaient main dans la main.

Nicholas Culpeper a été un des grands médecins alchimistes et astrologues du 17e siècle et l’un des premiers à associer les plantes et les maladies de ses patients aux influences planétaires.

La médecine astrale n’avait alors rien d’insensé, elle était héritée des Anciens.

Son système de guérison est basé sur la relation du corps à chacune des 7 planètes, elles-mêmes liées aux quatre éléments (Eau, Terre, Air, Feu) et aux quatre qualités essentielles (chaude, froide, sèche, humide).
Chaque élément possède généralement deux de ces quatre qualités : le feu est chaud et sec tandis que l’air est chaud et humide.

Dans cette conception d’un tout, où chaque propriété en rappelle une autre et ainsi de suite, les quatre éléments sont liés à des parties du corps, à des vents, à une planète, un signe astrologique, une maladie, une saison, une tranche d’âge, un point cardinal…

D’après la littérature du XVIe siècle1, le feu par exemple dépend du foie et caractérise la bile d’où découle la colère. Il est lié à la jeunesse, à l’été, au signe du Bélier et au vent d’ouest appelé Ponant. L’air est lié au sang, au cœur, mais aussi à l’enfance, au signe du Gémeaux et au Sirocco.

La méthode de Culpeper consiste à prescrire une plante dont l’influence planétaire se trouve à l’opposé de celle qui affecte le patient.

La planète Mars est une planète chaude liée à l’élément Feu tout comme le piment de Cayenne, rouge, piquant, et appréciant les climats chauds !

Le piment de Cayenne conviendra donc aux patients atteints d’asthénie, aux constitutions dites « froides » qui ont besoin d’un bon coup de fouet ! Il stimule la circulation sanguine et la digestion là où justement l’organisme stagne, comme chez les personnes souffrant de constipation.

Le millepertuis est une plante solaire qui traite la mélancolie chez les patients qui précisément manquent de lumière, le myrique baumier est une plante lunaire prescrite aux insomniaques, etc.

Nicholas Culpeper publiait des ouvrages déjà très populaires en son temps, médecin des pauvres dans les rues de Londres, vulgarisateur et traducteur des traités latins, il a représenté un puits de connaissances sur les plantes médicinales qui s’est exporté jusqu’en Amérique du Nord où on trouve encore de nombreuses herboristeries portant son nom.

Aujourd’hui, l’astroherboristerie paraît complètement loufoque à beaucoup parce que nous avons perdu ce lien au cosmos, en perdant cette intuition pas si folle pourtant, d’associer une qualité à une autre !

J’aime beaucoup cette phrase de l’écrivain François Cheng : « Si nous pouvons penser l’Univers, c’est que l’univers pense en nous »

Car je crois que n’est PAS juste un lien symbolique…

Tout est lié aux planètes, tout nous ramène vers le cosmos, à la création de l’Univers.

Le calcium de nos os et de nos dents, provient d’explosions stellaires survenues il y a des milliards d’années.

L’oxygène, le carbone ou encore l’azote qui entrent dans la composition des cellules végétales et animales sont nés au cœur des étoiles.2

Et je crois que la médecine par nos « simples » représente bien plus qu’une voie alternative, elle rétablit ce lien si précieux avec un ensemble si grand et si présent, que nous ne le voyons même plus !

Et vous, vous en pensez quoi ?

Gabriel Combris


Sources :

[1] https://www.tela-botanica.org/wp-content/uploads/2017/03/goupil_plantes_feu_vent_xvi2.pdf

[2] https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/supernova-calcium-nos-os-provient-explosions-etoiles-tres-rares-59432/