Chère lectrice, cher lecteur,

Si vous avez lu mon enquête spéciale consacrée aux maisons de retraite médicalisées, vous savez que la situation est aujourd’hui particulièrement préoccupante.

Les drames et les scandales se succèdent avec une effrayante régularité :

  • Les maisons de retraite sont devenues les maisons de l’horreur, Médiapart
  • Le scandale des personnes âgées maltraitées, Le Figaro
  • Ehpad : l’enfer du décor, Paris Match
  • Gifles et insultes à l’EPHAD, l’aide-soignant aux deux visages, Le Parisien
  • Marseille – EHPAD, on vend aux familles un emballage vide » La Provence
  • Des familles asphyxiées face au coût faramineux des EPHAD Le Monde

Etc.

Récemment encore, une probable intoxication alimentaire a fait cinq morts dans l’Ehpad de la Chêneraie, près de Toulouse, exploité par le groupe Korian[1].

A Fréjus, une femme de 82 ans a été étouffée par un autre résident, dans un salon commun de l’établissement…sous la surveillance de caméras vidéos[2]

Bref.

Dans ce contexte, un témoignage laissé sur Twitter par un jeune soignant qui travaille en Ehpad[3], permet de comprendre où sont les priorités des autorités chargées de contrôler les maisons de retraite pour personnes dépendantes.

On comprend beaucoup mieux comment les catastrophes sont possibles.

On pourrait même dire que tout est fait pour en arriver là.

Mais je vous laisse juger par vous-même.

Tout est fait pour en arriver là !?

Voici le témoignage de ce soignant, qui raconte comment s’est déroulée la visite d’un inspecteur administratif dans son EPHAD.  

« Un homme s’est présenté ce matin, avec sa carte comme Mulder et Scully (les agents de la série télé X-files, ndlr) nous disant qu’il était agent de la DIRECCTE. »

« La DIRECCTE, vous connaissez ?

…Moi non plus. »

« Il nous a dit : « C’est la Direction Régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi »  

« OK et ? »  

« Je viens contrôler vos instruments de pesage. »

« Euh… !? »

« Oui…vos pèses personnes. Vous devez me sortir le carnet métrologique de vos 2 appareils. »

Traduction pour ceux qui ne parlent pas couramment le langage administratif : l’inspecteur veut voir le « carnet d’entretien » des deux balances qui servent à peser les résidents de l’EPHAD.

Branle-bas de combat…Tout le monde commence l’exploration des fonds de placards à la recherche des « précieux » carnets …

Seulement il y a un hic : on n’en retrouve qu’un.

Re-hic : la balance n’a jamais été vérifiée. Le contrôleur peut donc sévir :  

« Monsieur, regardez, le carnet est vierge. Et votre vignette verte date de 2014. » 

Les soignants sont sidérés. Ils ne savaient pas que les balances avaient un « carnet métrologique », et encore moins qu’il fallait les faire contrôler …Il y a déjà tellement à faire.  

« On apprend qu’il faut le faire tous les ans. Ça coûte entre 80 et 100 € par objet de pesage par un organisme certifié. »

« Savez-vous ce que mon établissement public risque ? Je parle de pèse-personne. »

« Jusqu’à 15 000€ d’amende. Oui oui…QUINZE MILLE EUROS !

« Moralité : pour notre administration il est plus important de vérifier que la balance a bien subi son contrôle technique que de s’assurer que vous ayez un accompagnement quotidien digne de ce nom.  

Une toilette en 20 minutes et non en 8min33 par exemple. »

Et ce n’est là qu’UN exemple, justement.

Car derrière l’anecdote, il me semble que cette histoire est une aberration de plus dans un système de santé qui a abandonné l’idée d’une vieillesse en bonne santé.

Alors on vous dira bien sûr que la dépendance est « inéluctable », tout simplement parce qu’on vit « plus longtemps » …

Mais c’est une vue de l’esprit !

Le cerveau qui s’atrophie, les douleurs qui progressent, les os qui deviennent cassants, l’énergie qui s’envole… cela n’a rien de « normal », même aux âges les plus avancés !

Les drôles de secrets de la veuve Muller et du père Bloch

Je relisais récemment le récit du célèbre naturopathe Robert Masson sur les « vieux » qu’il croisait, enfant, dans son village de Franche-Comté :

« Il y avait la veuve Muller. Nini pour les voisins. Tous les matins, elle allait faire ses courses en ville. Elle parcourait 6 kilomètres à pied avec sa filoche pleine de provisions. L’après-midi, elle partait chercher du bois sec dans la forêt. Encore quatre kilomètres avec un fardeau sur le dos. Elle se maintenait d’une humeur toujours égale. Les soucis glissaient sur la sérénité de Nini pareils aux crapauds sur l’ardoise. Elle mourut vers cent ans, toujours physiquement active et psychiquement lucide. Elle ne savait pas que la vieillesse était une maladie. Il y avait aussi le père Bloch. Je le vois encore, étalant le foin, torse nu et la fourche à la main. A soixante-dix ans, il ressemblait esthétiquement à un dieu grec, tant sa musculature était splendide sous le soleil d’été. À l’atelier le matin, aux champs l’après-midi, l’homme semblait ignorer la fatigue… Et pour finir, mon grand-père. Je le revois à plus de 80 ans. Mon fils et un de ses copains transportaient péniblement un poêle en fonte, qui devait peser plus de 100 kg. Le vieux leur dit : « Allez, laissez-ça les gars, c’est trop dur pour vous… » et les jeunes gens, médusés, virent le vieil homme empoigner l’objet à bras-le-corps et le transporter sans aide aucune. »

Vous voyez à quel point la plupart des gens ont été trompés :

Aujourd’hui ils craignent de devenir centenaires parce qu’ils ne veulent pas vivre de nombreuses années avec Alzheimer, invalides ou abandonnés en maison de retraite médicalisée.

Mais en réalité, ils pourraient retrouver une grande sérénité en prenant dès maintenant les mesures qu’il faut pour vivre mieux et plus longtemps 

Les zombies de la fin de vie

Sur les raisons qui ont fait que nous en sommes arrivés là, je n’insiste pas : malbouffe, sédentarité, toxines, surmédication (aujourd’hui les Français de plus de 65 ans consomment plus de 10 médicaments par jour en moyenne)[4], manque d’exercice, isolement social et perte de sens ont précipité les vivants dans une fin de vie « zombifiée ». 

Et le problème est que certains se frottent les mains de cette situation.

« Une société qui vieillit, a dit par exemple la chancelière allemande Angela Merkel, offre des chances…insoupçonnables »[5].

Des chances !?

« L’économie de la santé est un véritable moteur de croissance et d’activité, avec le développement de produits médicaux novateurs ».  

Vous l’avez compris…

..La vieillesse, la dépendance…sont des marchés !

Les personnes âgées, les malades, sont des « opportunités » de vendre de nouveaux médicaments, des protocoles de soin, des places en établissement d’accueil, etc.  

Mais nous n’avons pas à accepter la dépendance comme une fatalité.

D’après des recherches récentes, le fait de vieillir est dû, pour 15 à 20 %, aux gènes que nous lèguent nos parents, et pour 80 % à notre de mode de vie[6].

Cela signifie aussi que nous avons, chacun de nous, 80% de chances de renverser la balance en mettant tout en œuvre pour bien vieillir.

80% de chances de pulvériser la moyenne d’âge en bonne santé qui stagne aux alentours de 60 ans[7] depuis 10 ans !!!

L’essentiel est de bien se préparer, en faisant les bons choix, le plus tôt possible, et en gardant à l’esprit qu’il n’est que très rarement « trop tard ».

Encore eux !  

Je sais bien que dans la santé naturelle, on parle souvent l’exemple des centenaires d’Okinawa, mais il faut voir à quel point c’est leur mode de vie entier, de leur alimentation à l’exercice physique, de leur façon de respirer à celle de « gérer » leurs émotions, qui explique leur étonnante longévité en bonne santé.

L’alimentation, bien sûr, joue un rôle fondamental chez les habitants de cette île du Japon, qui ont l’habitude de manger « un aliment venu de la terre et un aliment venu de la mer chaque jour » : tofu, margose (une sorte de courge), d’ail, de riz complet, de thé vert antioxydant, de champignons shiitake et de poisson sauvage.

Par ailleurs, ils boivent beaucoup d’infusions de plantes médicinales…même quand tout va bien !

Ils cultivent l’art d’entretenir entre eux de bonnes relations sociales.

Dès le plus jeune âge, à Okinawa, on est inscrit dans une sorte de club, le « moai », dont les membres se réunissent chaque semaine pour passer du temps ensemble, boire du thé, chanter, rire ou danser.

En France, d’après les chiffres du Comité Consultatif d’Ethique sur le vieillissement, 50 % des personnes âgées de plus de 75 ans n’ont plus le moindre « réseau amical actif ».

Et cela change tout !

Car avoir des amis, un cercle autour de soi, s’intégrer dans un tissu social qui donne du sens à nos vies, cela donne une grande confiance dans l’avenir et dans sa capacité à affronter les épreuves.

Tous ces éléments mis bout à bout expliquent comment les habitants de cet archipel ont 5 fois moins de cancers du sein et de la prostate que les Français,[8], 3 fois moins de démences qu’ailleurs[9], ou encore un risque cinq fois inférieur d’accident cardio-vasculaire[10] !!

Vous le voyez : vivre âgé ET en bonne santé ne « tombe » pas du ciel, mais c’est possible lorsqu’on est pleinement acteur de sa santé.

Car une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage, il est TRES DIFFICILE, pour ne pas dire impossible, de faire machine arrière.

Santé !

Gabriel Combris

 

Sources :

[1] https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/les-actualites-de-6h-deces-dans-un-ehpad-le-village-du-lherm-sous-le-choc-7797340992

[2] https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/mort-d-une-femme-de-82-ans-dans-un-ehpad-de-frejus-un-resident-soupconne-1582744513

 

[3] @MikaEl**** témoignage sur twitter le 6 février 2019 (je ne peux révéler sa véritable identité car il risquerait des sanctions suite à son témoignage)

[4] https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/sante-les-plus-de-65-ans-prennent-en-moyenne-14-medicaments-par-jour-7790175279

[5] cité dans Dr. Michael Nehls, Guérir Alzheimer, Actes Sud.

[6] https://www.nature.com/articles/ncomms9570

[7] https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er_1046_-_esperance_de_vie.pdf

[8]         http://www.okicent.org/study.html

[9]         http://www.okicent.org/images/dem.gif

[10]       http://www.okicent.org/study.html